Comment parler du confinement et de l'épidémie de coronavirus avec les enfants ?

Laly Chagnon, psychologue spécialisé chez les enfants à Moulins répond à nos questions que se posent beaucoup de parents : comment parler de cette situation avec ses enfants et nous propose des conseils pour vivre au mieux cette période si particulière.

Esprit Bien-être : Que faut-il dire ou ne pas dire aux enfants à propos du confinement et de l’épidémie de coronavirus ? Comment en parler ?

Laly Chagnon : Il semble nécessaire d’expliquer les choses aux enfants et de ne pas leur mentir car ce sont de véritables éponges. Donc même si aucune explication ne leur est donnée, ils ressentiront un inconfort et un certain stress à travers les émotions de leurs parents. Il semble donc essentiel que les parents expliquent directement à leurs enfants ce qui se passe et non que les enfants se créent leur propre réalité de la situation à partir d’échanges entre adultes. En effet, si vous êtes angoissé et en incapacité de répondre aux questions de vos enfants cela engendrera le fait qu’ils n’oseront plus poser les questions qui les inquiètent. Et dans ces conditions, on ne peut pas les faire demeurer dans l’angoisse. La situation doit être expliquée et relativisée auprès de nos enfants. L’utilisation de l’humour pourra les aider à mieux appréhender la situation et à la dédramatiser. On peut également leur demander d’exprimer ce qu’ils savent et ce qu’ils ont compris de la situation pour effectuer un travail informatif à partir des éléments déjà connus. On adapte notre vocabulaire aux capacités des enfants et on leur fait reformuler la situation avec leurs mots afin de s’assurer qu’ils aient compris ce qu’on a pu leur expliquer. On parle de choses concrètes en prenant des exemples de la vie quotidienne afin de les aider dans la compréhension de la situation. On peut faire des comparaisons notamment pour les plus petits afin de leurs expliquer ce qu’est une épidémie par exemple. On explique ce qui se passe mais on se montre également rassurant. On répond à leurs questions sans pour autant partir dans de grandes explications. Il est nécessaire d’autoriser nos enfants à exprimer leurs peurs mais aussi leur vision du confinement et de ce virus. Cela peut se faire de n’importe quelle manière (dessin, parole, arts plastiques, etc…). Il semble que ces comportements à adopter pour expliquer ce qui se produit soient reproductibles dans d’autres situations inhabituelles ou pouvant générer de l’angoisse.

Esprit Bien-être : En fonction des âges, petits, grands ? 

Laly Chagnon : Comme toute chose il faut évidemment adapter notre discours à l’âge, au niveau de compréhension mais également à la sensibilité de l’enfant. Comme nous l’avons expliqué, il faut leur apporter des explications tout en se montrant rassurant. Car, dès 2 ou 3 ans les enfants sont en mesure d’intégrer une information concrète. Ce qui est plus compliqué concerne les tout-petits, avec qui, le verbal n’est pas suffisant. En effet, ils comprennent les situations à travers les émotions et les intonations de leurs parents à partir de 9-10 mois. De ce fait, le port du masque peut générer de l’angoisse chez eux car ils pourraient ne pas décrypter les émotions de leurs parents et avoir des difficultés pour les reconnaitre. Donc, la manière de s’exprimer et l’intonation de la voix seront primordiaux afin de rassurer les très jeunes enfants.

Esprit Bien-être : Est-ce plus difficile pour les adolescents ? 

Laly Chagnon : Les adolescents contrairement à la majorité des plus jeunes auront besoin de plus d’explications sur ce qui se produit. Ce qui sera compliqué de leur côté sera surtout les informations provenant des réseaux sociaux. Il semble donc nécessaire de travailler avec eux la reconnaissance de faits avérés, de l’opinion ou encore des « fake news ».

Esprit Bien-être : Certains enfants sont très inquiets, comment les rassurer ? Que conseillez-vous aux parents ?

Laly Chagnon : De manière générale, si un enfant présente de fortes angoisses ou des difficultés de sommeil notamment, il sera nécessaire de l’aider en contactant un professionnel (psychologue, pédopsychiatre ou médecin traitant). Pour certains enfants, la verbalisation du mal-être, de l’incompréhension de la situation et donc d’un échange avec le parent peut aider à apaiser la situation. Pour d’autres, la mise en place d’activités sera nécessaire pour les aider à calmer leur angoisse. Les activités peuvent être diverses et variées, cela peut passer par la mise en place de rituels (exprimer les émotions que chacun a pu ressentir au cours de la journée) ou la création d’outils (balle à malaxer, « cabane » afin d’avoir un lieu rassurant, un refuge dans lequel s’installer quelques temps). Dans ce type de situation, les enfants particulièrement anxieux doivent être accompagnés très rapidement par les parents ou par des professionnels, car cela risque d’entraîner la famille dans un cercle vicieux. En effet, l’angoisse génère facilement de l’irritabilité pouvant elle aussi entraîner de la colère chez l’enfant qui peuvent elles-mêmes impacter les émotions des parents ce qui stressera davantage l’enfant. De ce fait, il est primordial que les enfants puissent décharger leur trop plein d’émotions durant cette période de confinement. Cela peut se faire à travers des ateliers de motricité par exemple. Il faut également profiter de l’air extérieur en ouvrant les fenêtres si on n’a pas de jardin afin d’oxygéner nos cerveaux !

Quels effets peuvent avoir toutes ces restrictions sanitaires ? se laver les mains plus souvent, à ne pas toucher telle poignée de porte, tel interrupteur, à tousser dans leur coude… ?

Une méta-analyse a été réalisée par l’équipe de Samantha Brooks, du King’s College de Londres sur les impacts psychologiques de la mise en quarantaine en raison du Covid-19. Elle reprend l’analyse de cinq précédentes études réalisées sur la mise en quarantaine pendant d’autres épidémies comme Ébola ou le SRAS. Dans une de ces études portant sur les enfants, ceux mis en quarantaine présentaient un stress post-traumatique quatre fois plus élevé que ceux non isolés. De ce fait, 28% des parents ont signalé des symptômes pouvant présager d’un trouble de santé mentale lié à un traumatisme.

Le confinement peut générer chez les enfants davantage de symptômes psychologiques tels que l’irritabilité, l’anxiété, une diminution des capacités attentionnelles, des difficultés de concentration, de mémorisation, etc… On peut également constater chez eux l’apparition éventuelle de phobies. De plus, les restrictions sanitaires mises en place pourraient se transformer en TOC (trouble obsessionnel compulsif) chez certains avec une forte peur de contracter le COVID-19 ou tout autre maladie. Il ne faut pas prendre ces études pour des généralités. Malgré cela, certains enfants gèrent très bien la vie en confinement et ceux pour qui la situation peut être plus compliquée, divers outils peuvent être mis en place comme nous allons le voir.

Esprit Bien-être : Comment organiser la vie à la maison entre les sollicitations des enfants qui ont envie de jouer et les obligations des parents qui doivent télétravailler ?

Laly Chagnon : En cette période, il semble nécessaire de maintenir un cadre et une certaine routine afin de rassurer les enfants comme les adultes. Il est primordial de conserver un rythme des plus proches de notre quotidien en respectant les heures de repas, de coucher ou encore de lever. C’est pourquoi, la création et la mise en place d’emplois du temps pour toute la famille peuvent être réalisées. Cet outil permettra donc aux parents de faire concorder leurs temps de travail avec le planning de leurs enfants et donc de leur permettre de disposer de temps de travail, de temps avec leurs enfants mais aussi de prévoir un temps pour eux. L’emploi du temps peut intégrer les rituels déjà existant au sein de la famille puis alterner entre des temps scolaire (à adapter à l’âge de l’enfant de nouveau), « d’activités physiques », de petites missions à réaliser pour rendre service et développer l’autonomie, d’activités seul et d’activités avec les parents. Pour les plus jeunes, il sera nécessaire de faire preuve davantage d’inventivité afin de changer régulièrement les activités de l’emploi du temps d’un jour sur l’autre mais également de leur proposer un nombre suffisant d’activités car du fait de leur jeune âge, les capacités d’attention/concentration reste limitées et ces petits enfants auront fréquemment besoin de changer d’activité.

Évidemment le temps d’écran peut questionner, ce sujet étant en temps normal au cœur des questionnements. Or, en cette période, on peut réinvestir l’utilisation des écrans avec des activités plus éducatives permettant aux enfants de continuer leur apprentissage. Le temps supplémentaire sur les écrans étant pour une durée limitée dans la vie de vos enfants ne semble pas les impacter lorsqu’il est utilisé à bon escient. Donc pas de culpabilité si certains l’accordent davantage pour gagner du temps de travail mais il faut tout de même maintenir une certaine régulation de ce temps. C’est pourquoi les temps d’écran, qu’ils soient scolaires ou de loisir (seul ou en famille) doivent aussi être intégrer aux emplois du temps tout en précisant dans quel but ils doivent être investis à tel ou tel moment. Justement, pour les plus grands, il existe un jeu de console de jeux vidéo qui est sorti au début du confinement et qui aiderait à gérer le quotidien et le niveau de stress. En effet, il se déroule en temps réel et permettrait donc de conserver certains repères et d’aider à structurer notre temps. Évidemment, par « temps d’écran » peut être compris l’utilisation du téléphone, permettant aussi d’en garder une durée d’utilisation raisonnable !

Dans ces emplois du temps, il est indispensable que les parents conservent une bulle pour eux, pour se changer les idées et reprendre leur souffle. Ils DOIVENT se prévoir des temps pour eux. Enfin, si les tensions deviennent palpables par moment entre parents et enfants un changement de pièce durant un temps semble nécessaire afin de pouvoir se calmer chacun de son côté et repartir sur un échange plus serein.

Esprit Bien-être : Comment gérer l’école à la maison ? Pour l’enfant ? Pour les parents ? 

Laly Chagnon : La mise en place de l’emploi du temps permet à tout le monde de savoir quand « l’école » doit avoir lieu. Pour les plus petits un timer peut être mis en place afin de pouvoir se repérer et voir le temps que le travail va durer. Aller au clash n’est pas utile, cela peut braquer les membres de la famille les uns contre les autres. Ce qui est complexe dans ce type de situation est qu’à nouveau elles sont toutes différentes. Tout dépend de l’âge de l’enfant, des capacités de celui-ci, de la disponibilité des parents, etc… Dans l’ensemble, je dirais un temps le matin et l’après-midi qui doivent être banalisés. Pour les plus petits on peut mettre en place un système de renforcement avec une « récompense » quand ils font bien leur travail. Car c’est une situation compliquée pour les parents mais aussi pour les enfants et avoir une motivation est toujours plus aidant. Comme nous l’avons expliqué précédemment, l’utilisation des écrans peut être une bonne alternative pour motiver les enfants à travailler car les activités sont généralement plus ludiques et par conséquent plus motivantes.

Esprit Bien-être : La non-interactions entre amis et famille peut-elle avoir une incidence ? Sinon via les écrans ? 

Laly Chagnon : Tout dépend de l’âge mais également du fonctionnement de chacun. En effet, un enfant solitaire mais proche de ses parents et disposant d’un extérieur peut ne pas souffrir particulièrement du confinement. De manière générale, les plus petits pourraient davantage adhérer aux méthodes de communication alternatives en période de confinement mais sans certitude. Malheureusement, en période comme celle-ci on ne pense peut-être pas suffisamment à proposer aux jeunes enfants de pouvoir communiquer avec leurs copains et copines. Dans la mesure du possible, il semble donc important de leur proposer de pouvoir se contacter, afin qu’ils puissent maintenir un lien. Les petits pourraient penser davantage aux membres de leur famille ou aux personnes dont ils sont proches en leur faisant des dessins pour leur donner à la fin du confinement. Ils peuvent également verbaliser que les personnes leur manquent. Mais les appels peuvent être compliqués pour eux car juste entendre la voix dans le combiné n’est pas suffisamment concret. L’utilisation de la Visio quand cela est possible semblerait plus pertinent avec les petits. Les adolescents investiront probablement davantage ce mode de communication afin de pouvoir échanger avec ceux qu’ils aiment et qui leur manquent. Pour eux, c’est une épreuve difficile de ne peut plus être avec ses pairs. Mais le développement des réseaux sociaux leur permet de conserver au mieux leurs relations sociales. Le confinement peut également générer un sentiment de rejet du groupe d’appartenance, il est donc nécessaire d’inciter les personnes à maintenir le lien avec la famille et les amis pour ne pas s’isoler et se sentir rejetées. Certains sont plus dépassés ou occupés que d’autres et ne prennent pas nécessairement le temps d’entrer en contact mais cela ne veut pas dire qu’ils décident pour autant d’exclure leurs proches.

Esprit Bien-être : Ce confinement est-il l’occasion de se réinventer en créant d’autres liens entre enfants et parents ?

Laly Chagnon : Tout dépend déjà des conditions de travail des parents. Mais dans l’ensemble, la famille doit se saisir de cette situation afin, effectivement, de créer de nouveaux liens. Il faut que l’enfant apprenne de son parent et vice-versa. C’est l’occasion pour les parents de proposer des activités à faire avec leurs enfants mais également aux enfants de proposer des activités à faire avec leurs parents. Il est indispensable en cette période que les parents gardent un temps de plaisir avec leurs enfants et pas seulement des temps d’école et d’obligation ou la situation n’en sera que plus difficile pour tout le monde. Il existe tout un tas d’activités que parents et enfants peuvent réaliser ensemble et qu’ils peuvent faire varier (parcours, jeux de faire semblant, jeux créatifs, discussions autour de thématiques, etc…). C’est donc l’occasion de voir apparaitre de nouveaux rituels au sein de la famille.

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