Rencontre avec un luthier pas comme les autres. Il y a des gens comme ça que l’on pourrait écouter des heures parler de leur passion. Rémi Petiteau, luthier installé dans son vaste atelier de Meillers en plein coeur du bocage bourbonnais fait partie de ces gens là.

On commence par parler technique, son et matière et puis on se rend compte que les instruments qu’il fabrique s’inscrivent dans un temps bien plus grand : dans la vie des haies du bocage, dans le cycle de vie des arbres et dans l’Histoire avec un grand H du temps des colonies et des routes maritimes du commerce des bois exotiques.

Car Rémi Petiteau ne se contente pas de créer des guitares uniques, il peut aussi vous raconter où l’arbre dont elle est issue a poussé, et pourquoi il est important de planter autour de soit des arbres comme le cormier par exemple « qui vaut de l’or » : « c’est un bois local stable et extrêmement dur qu’on a quasiment oublié et qu’on transforme parfois en bois de chauffage par méconnaissance, alors qu’il servait autrefois à façonner les meilleures semelles des rabots ou les dents d’engrenages dans les moulins et qui donne même des petites poires ! Il résiste très bien aux contraintes mécaniques, il est très stable, plus léger que l’ébène, et il s’adapte bien au grand enjeu actuel car il est mieux armé que d’autres essences pour résister au changement climatique en cours » nous explique-t-il. « Face à la catastrophe climatique en cours, s’approvisionner en bois venant de plusieurs milliers de kilomètres est une aberration » ajoute-t-il.

Esprit Edition : Qu’est-ce que c’est qu’une guitare écologique et minimaliste ?

Rémi Petiteau : C’est une guitare qui est produite avec des bois locaux, sans produits chimiques ou toxiques. Et « minimaliste » parce que j’enlève tout ce qui peut être enlevé sans nuire à sa sonorité pour ne garder que l’essentiel. Ça donne une guitare d’aspect épuré, à l’esthétique moins chargée, légère et naturelle »

Esprit Edition : Est-ce que ce choix de matériaux locaux vous cantonne à un style de guitare ?

Rémi Petiteau : Non, je fabrique des guitares jazz avec des cordes acier mais je crée aussi des guitares folk et je développe en ce moment un modèle de guitare classique avec ce même concept.

Esprit Edition : Et comment vous est venue cette idée ?

Rémi Petiteau : J’ai toujours eu une proximité avec la matière, une sensibilité par rapport aux arbres et au bois. Et j’ai eu la chance de prendre part pendant 5 ans à un projet européen (2012-2017 : Leonardo Guitar Research Project) qui testait de nouvelles manières de faire des guitares avec des bois non tropicaux et durables. Cela m’a permis de croire que mes envies étaient réalisables et de prouver qu’on n’était pas obligés d’avoir une touche en ébène ou un dos en palissandre pour qu’une guitare ait de grandes qualités sonores et esthétiques .

Esprit Edition : Et comment peut-on vous rencontrer ?

Rémi Petiteau : Vous pouvez vous rapprocher de l’office du tourisme de Bourbon l’Archambault, j’accueille des visites de groupes plusieurs fois dans l’année. Pour les projets plus personnels, c’est sur rendez-vous à l’atelier. Je propose aussi des stages sur-mesure qui permettent aux guitaristes de se fabriquer leur propre instrument dans mon atelier.

S.C.

CP Photo : Patrick Rouchon

Le magazine de juillet/aôut 2019

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